Des aliments écologiques pour ruminants pour un environnement plus propre et une empreinte carbone réduite

À mesure que la demande mondiale en protéines animales augmente, l’intensification durable doit devenir une priorité ; c’est pourquoi les aliments écologiques pour ruminants présentent un intérêt particulier.

L’impact environnemental de l’agriculture moderne et la recherche incessante de diverses extractions et productions, souvent au détriment du renouvellement et du recyclage, imposent de repenser l’approche des systèmes d’élevage et de la nutrition. Ce repositionnement doit impliquer une utilisation responsable de ressources alternatives, la promotion du recyclage et la réduction de l’empreinte carbone. Compte tenu de l’urgence croissante de cette problématique et de l’expansion rapide de la recherche dans ce domaine, une revue internationale visait à mettre en évidence et à discuter les dernières avancées, ainsi que les ressources alimentaires alternatives et les additifs pouvant être utilisés de manière durable pour les animaux d’élevage.

Ce thème de recherche rassemble des contributions du monde entier autour d’un objectif commun : adopter des ressources alimentaires écologiques et des approches permettant d’améliorer ou de maintenir les performances animales tout en réduisant les impacts environnementaux, en particulier les émissions de gaz à effet de serre. Ensemble, ces travaux reflètent une vision partagée d’une bioéconomie circulaire et durable en production animale. Les études couvrent un large éventail de stratégies innovantes, allant de la valorisation des sous-produits agricoles au développement d’additifs alimentaires fonctionnels, jusqu’à l’exploration de nouvelles protéines issues des algues et des insectes. Les recherches portent sur différentes espèces, telles que les ovins, les bovins, les porcs, les insectes et même les animaux de compagnie comme les chiens.

Aliments écologiques chez les ruminants

La course mondiale à l’identification de ressources alimentaires alternatives viables et évolutives se poursuit, en particulier dans les pays où les gouvernements reconnaissent l’importance de l’élevage, que ce soit d’un point de vue alimentaire, économique ou environnemental. Les auteurs rapportent une étude ayant exploré la faisabilité d’utiliser des farines d’insectes, telles que celles issues de Tenebrio molitor, Hermetia illucens et Bombyx mori, dans l’alimentation des ruminants. Les résultats montrent qu’une inclusion modérée (≤ 30 %) de ces aliments riches en protéines favorise la digestibilité et la fermentation ruminale, tout en améliorant les performances de croissance dans certains essais.

Une autre étude a examiné l’interaction algues–nanoparticules afin d’évaluer l’effet antiméthanogène de Chlamydomonas reinhardtii combinée à des nanoparticules d’oxyde de magnésium et de sulfure de magnésium. Les données in vitro ont montré des améliorations significatives de la production de gaz, de la digestibilité et des profils d’acides gras volatils, indiquant un double rôle des algues en tant qu’inhibiteurs de méthane et améliorateurs nutritionnels. « Ces aliments alternatifs impliquent une plus grande viabilité des protéines d’insectes et unicellulaires comme ingrédients alimentaires durables pour toutes les espèces ».

La réduction du méthane via des compléments alimentaires a également été étudiée par d’autres auteurs, qui ont évalué l’utilisation combinée du 3-nitrooxipropanol (NOP) et du L-malate chez les vaches laitières. L’ajout de NOP seul a réduit le méthane entérique de 54 %, sans effets négatifs sur la production laitière. En combinaison avec le L-malate, les émissions de méthane ont diminué de 51 %, avec des bénéfices supplémentaires sur la composition en matières grasses et en protéines du lait. Ces résultats « renforcent l’importance des additifs alimentaires de précision comme outils de réduction des émissions sans compromettre la productivité ».

Remplacer les ingrédients conventionnels sans compromettre les performances

La possibilité de remplacer des ingrédients très demandés comme la farine de soja a été abordée dans une autre étude, où les auteurs ont démontré que des protéines végétales mixtes — incluant farine de colza, farine de palmiste et drêches de distillerie séchées avec solubles (DDGS) — pouvaient remplacer efficacement la farine de soja dans l’alimentation des porcs sans affecter la croissance ni la qualité de la carcasse. Bien que ces substitutions ne ciblent pas directement la réduction du méthane, elles « pourraient contribuer à la durabilité des aliments et réduire les intrants liés à la déforestation ».

Par ailleurs, une autre étude a montré que, contrairement à certaines attentes, les DDGS n’avaient pas d’effet significatif sur la production de méthane ni sur l’ingestion de matière sèche. Leur neutralité suggère toutefois qu’ils peuvent être utilisés sans augmenter les émissions, offrant ainsi une certaine flexibilité dans la formulation des régimes alimentaires.

« Ces études illustrent collectivement la nécessité d’intégrer diverses innovations alimentaires, notamment les sous-produits locaux, les protéines innovantes, les additifs spécifiques et des substituts intelligents, afin de permettre des réductions significatives de l’empreinte carbone des systèmes d’élevage de ruminants ». Les auteurs soulignent également l’importance d’une évaluation contextuelle, l’efficacité des interventions nutritionnelles dépendant souvent de l’espèce, de la région, des procédés de transformation et des niveaux d’incorporation dans les rations. Par exemple, les performances des feuilles de caroubier ou des sous-produits riches en polyphénols variaient selon leur origine et leur traitement, tandis que l’efficacité des farines d’insectes dépendait de l’espèce et du taux d’inclusion.

À mesure que la demande mondiale en protéines animales augmente, « l’intensification durable doit devenir une priorité, et les innovations en alimentation constituent l’un des leviers les plus immédiats pour favoriser le changement ».