Les animaux de compagnie peuvent agir comme sentinelles face aux toxiques responsables du cancer de la vessie

Les animaux de compagnie partagent les mêmes environnements domestiques que leurs propriétaires, ainsi que plusieurs facteurs déterminants liés au cancer de la vessie urinaire chez l’être humain ; ils constituent donc des sentinelles utiles.

Le cancer de la vessie urinaire est l’une des néoplasies malignes les plus fréquentes du tractus urinaire, tant chez l’humain que chez les animaux de compagnie. Bien que différents sous-types histologiques puissent être observés — tels que l’adénocarcinome, le sarcome et le carcinome épidermoïde — le carcinome urothélial (CU), également appelé carcinome à cellules transitionnelles, représente près de 90 % des cas et se caractérise par l’infiltration progressive de la membrane basale, de la lamina propria et des couches musculaires.

Chez l’humain, le développement du cancer de la vessie urinaire est fortement influencé par l’exposition environnementale à des agents chimiques et à la pollution atmosphérique, ainsi que par la susceptibilité génétique et les habitudes comportementales, notamment le tabagisme, la consommation d’alcool et l’alimentation. Bien que les facteurs de risque chez les animaux de compagnie ne soient pas encore entièrement définis, des données croissantes mettent en évidence des parallélismes significatifs entre les espèces. Les chiens et les chats partagent les mêmes environnements domestiques que leurs propriétaires, et plusieurs déterminants associés au cancer de la vessie urinaire humain — tels que l’âge, la prédisposition génétique et certaines expositions environnementales spécifiques — ont également été rapportés chez les animaux.

La susceptibilité liée à la race chez le chien souligne encore davantage le rôle des influences héréditaires et environnementales ; certains groupes de races pures présentent des fréquences de maladie nettement plus élevées. Ces observations ont accru l’intérêt des vétérinaires, des éleveurs et des propriétaires pour la compréhension des profils de risque et la prévention des maladies dans les populations prédisposées.

Animaux de compagnie comme sentinelles face aux toxiques responsables du cancer de la vessie

Malgré ces avancées, d’importantes lacunes subsistent dans la compréhension du CU chez les animaux de compagnie. La charge réelle en carcinogènes environnementaux, l’interaction entre la susceptibilité génétique et les facteurs métaboliques, ainsi que la contribution spécifique des expositions domestiques (pesticides, herbicides, résidus industriels, produits chimiques ménagers, fumée de tabac) restent mal définies. Par ailleurs, les animaux peuvent agir comme indicateurs précoces du risque environnemental, reflétant des expositions difficiles à quantifier chez l’humain, une perspective qui renforce l’importance de l’épidémiologie vétérinaire pour identifier les risques émergents.

Le comportement biologique agressif du carcinome urothélial et son diagnostic fréquent à des stades avancés ont des implications thérapeutiques majeures chez les animaux de compagnie. Les progrès récents en imagerie diagnostique, cytologie, marqueurs moléculaires et techniques de prélèvement mini-invasives ont amélioré la détection précoce et la stadification ; toutefois, le traitement efficace demeure un défi.

Compte tenu de la pertinence clinique du CU et des limites des connaissances épidémiologiques actuelles en médecine vétérinaire, la nécessité d’une synthèse actualisée et intégrative centrée sur les animaux de compagnie persiste, afin d’intégrer les données disponibles sur les facteurs de risque de cette néoplasie. Bien que des études comparatives et spécifiques à chaque espèce aient été publiées, abordant différents aspects du CU, les informations sur les déterminants de risque restent très fragmentées, et une analyse intégrée rassemblant ces facteurs dans une perspective unifiée d’oncologie vétérinaire et comparative — couvrant à la fois les chiens et les chats — demeure limitée.

Ainsi, une étude de revuevise à contribuer à ce domaine en intégrant les données disponibles sur l’épidémiologie et les facteurs de risque du CU chez les animaux de compagnie, avec un accent particulier sur les déterminants modifiables, les différences spécifiques entre espèces et les lacunes de connaissances existantes, notamment chez le chat. L’objectif est de fournir une vue d’ensemble actualisée servant de base aux futures stratégies diagnostiques, préventives et de recherche en oncologie vétérinaire.

Facteurs de risque du cancer de la vessie

Les critères d’inclusion comprenaient des articles originaux et des revues évalués par des pairs, publiés entre 1989 et 2025, portant sur le carcinome urothélial de la vessie urinaire chez le chien et/ou le chat et évaluant au moins un facteur épidémiologique ou de risque.

Parmi les principaux facteurs de risque identifiés figurent l’exposition à d’anciennes formulations de produits antiparasitaires contre les puces, le contact avec certains produits chimiques pour pelouses, l’obésité, la stérilisation, la race, le sexe et l’âge.

Concernant la race, la revue suggère que les Scottish Terriers présentent le risque le plus élevé de développer un cancer de la vessie urinaire. Des probabilités accrues sont également observées chez les Huskies sibériens, les Bergers des Shetland, les West Highland White Terriers, les Samoyèdes et les Beagles, comparativement aux chiens croisés utilisés comme groupe de référence.

En ce qui concerne le sexe, pour le cancer de la vessie urinaire chez le chien, la littérature décrit une prévalence plus élevée chez les femelles. Parmi les explications avancées figure le fait que les chiennes urinent moins fréquemment que les mâles et présentent un pourcentage de masse grasse plus élevé. « Étant donné que de nombreuses substances chimiques cancérigènes tendent à se stocker et à se concentrer dans le tissu adipeux, les femelles peuvent accumuler davantage de carcinogènes au fil du temps. »

Contrairement à ce qui est observé chez le chien, les études cliniques chez le chat indiquent une proportion plus élevée de mâles atteints de maladies du bas appareil urinaire et de néoplasies vésicales.

Facteurs environnementaux (p. ex., herbicides, pesticides)

La vessie urinaire est continuellement exposée à des toxines environnementales et à des stimuli inflammatoires, ce qui la rend particulièrement vulnérable aux agressions carcinogènes. Parmi les facteurs de risque évitables les plus pertinents pour le cancer de la vessie urinaire figure l’exposition à des carcinogènes chimiques. Les pesticides utilisés dans les environnements domestiques, agricoles et industriels — y compris les herbicides, insecticides et fongicides — constituent une source essentielle d’exposition. Nombre de ces composés et de leurs métabolites sont excrétés dans l’urine, ce qui « soutient l’hypothèse du contact urogénital, selon laquelle les carcinogènes dissous dans l’urine interagissent directement avec les cellules épithéliales de la vessie et les transforment ».

Parmi les herbicides le plus fréquemment impliqués figurent les phénoxyacides (par exemple l’acide 2,4-dichlorophénoxyacétique (2,4-D), le mécoprop (MCPP) et l’acide 2-méthyl-4-chlorophénoxyacétique (MCPA)), les acides benzoïques (par exemple le dicamba) et des composés organophosphorés comme le glyphosate. Ces produits « ont été détectés dans l’urine canine et ont été associés au développement de néoplasies ».

Influences alimentaires

L’alimentation constitue, selon les auteurs, un autre facteur susceptible de moduler le risque de cancer de la vessie urinaire tant chez l’humain que chez les animaux de compagnie. Certaines habitudes alimentaires peuvent réduire l’exposition aux carcinogènes ou interférer avec les voies carcinogènes, prévenant ou retardant ainsi le développement de néoplasies. Par exemple, la consommation de légumes jaune-orangés ou de légumes à feuilles vertes conférerait un bénéfice supplémentaire, avec des réductions du risque d’environ 70 % et 90 %, respectivement.

Par ailleurs, la revue mentionne une étude ayant identifié la natation en piscine comme un facteur de risque significatif pour le développement du CU chez le chien, possiblement en raison des sous-produits de la chloration, tels que les trihalométhanes et le bromoforme, mutagènes connus associés au CU chez l’humain. « Bien que cette observation concorde avec des études épidémiologiques humaines, elle doit être confirmée dans des populations canines plus larges, en tenant compte des variables associées. »

Les auteurs concluent ainsi que le CU chez les animaux de compagnie constitue une maladie multifactorielle déterminée par des facteurs génétiques, métaboliques et environnementaux. Bien que des progrès aient été réalisés dans l’identification des facteurs de risque, notamment chez le chien, « d’importantes lacunes persistent quant à la compréhension de leurs contributions et interactions relatives ». L’influence des pesticides, herbicides et autres contaminants environnementaux mérite une attention particulière, compte tenu de l’exposition partagée des humains et des animaux dans les environnements domestiques.