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Un composé de réglisse présente un mécanisme d'action unique contre la toxoplasmose

Son potentiel est mis en avant en tant que nouveau traitement contre la toxoplasmose, contribuant ainsi au domaine en pleine expansion de la découverte de médicaments basés sur des produits naturels.

Toxoplasma gondii est un protozoaire zoonotique capable d'infecter presque tous les animaux à sang chaud, touchant environ un tiers de la population humaine mondiale. Le parasite se transmet par diverses voies, notamment des aliments contaminés, la transmission verticale, la greffe d’organes et la transfusion sanguine. Bien que souvent asymptomatique chez les individus immunocompétents, une infection par T. gondii pendant la grossesse peut entraîner de graves complications fœtales, telles qu'une perte de vision, un retard mental, une calcification intracrânienne, une hydrocéphalie et des malformations congénitales. Par ailleurs, les infections par T. gondii représentent un risque sérieux pour les patients immunodéprimés, pouvant provoquer des maladies potentiellement mortelles.

La complexité du cycle de vie de T. gondii, impliquant à la fois la reproduction sexuelle et asexuelle, représente un défi pour le développement de traitements efficaces. La reproduction sexuelle se produit exclusivement dans l'épithélium intestinal des chats, les hôtes définitifs, tandis que la reproduction asexuelle peut avoir lieu dans une variété de cellules nucléées chez différents hôtes intermédiaires, y compris les humains. Bien qu’il existe certains médicaments disponibles, ils présentent souvent des limitations, telles qu’une durée de traitement prolongée, une toxicité et une éradication incomplète du parasite, notamment chez les individus immunodéprimés. Cela met en évidence l’urgence de développer des traitements sûrs, efficaces et à faible toxicité contre la toxoplasmose.

Un composé du réglisse contre la toxoplasmose

Les produits naturels sont apparus comme une voie prometteuse dans la recherche de nouvelles thérapies contre T. gondii. Fait intéressant, 70 % des 1562 nouveaux médicaments approuvés entre 1981 et 2014 proviennent de sources naturelles. Dans ce contexte, la glabridine, un isoflavonoïde extrait des racines de réglisse (Glycyrrhiza glabra), une plante médicinale couramment utilisée dans de nombreux pays, a montré une large gamme d’activités pharmacologiques.

Une récente étude internationale a exploré l’activité anti-T. gondii de la glabridine in vivo à l’aide d’un modèle murin, en investiguant son mécanisme d’action grâce à une caractérisation transcriptomique et métabolomique des tachyzoïtes de T. gondii traités par glabridine in vitro.

Efficacité in vivo et in vitro

La cytotoxicité in vitro de la glabridine sur les cellules a été évaluée par un test de viabilité cellulaire. Une réaction en chaîne de la polymérase quantitative (qPCR) ciblant le gène Tg-529 a été développée pour quantifier T. gondii et évaluer les effets inhibiteurs de la glabridine sur la prolifération du parasite. Les changements ultrastructuraux de T. gondii après traitement ont été examinés par microscopie électronique.

Pour l’évaluation in vivo, quarante souris femelles ont été réparties en quatre groupes (10 souris par groupe) pour le traitement. Toutes les souris, à l'exception du groupe témoin, ont été infectées avec 100 tachyzoïtes de T. gondii. Le traitement avec la glabridine (50 ou 100 mg/kg) ou un placebo (huile de maïs) a été administré par voie orale 4 heures après l'inoculation des tachyzoïtes. Le groupe témoin a reçu le même volume d’huile de maïs par voie orale. Le traitement a duré 7 jours consécutifs, et les souris ont été surveillées quotidiennement jusqu’à ce qu’elles atteignent leurs critères d’euthanasie humanitaire.

En complément, des analyses métabolomiques et transcriptomiques ont été menées pour étudier les mécanismes sous-jacents aux effets anti-T. gondii de la glabridine.

Les auteurs ont constaté que la glabridine présentait une faible toxicité pour les cellules hôtes et inhibait efficacement l'invasion et la prolifération in vitro de T. gondii de manière dépendante du temps. Les tachyzoïtes traités par glabridine ont montré des altérations structurelles significatives. L’analyse métabolomique a révélé que la glabridine affectait significativement les voies métaboliques des acides aminés chez T. gondii. In vivo, le traitement par glabridine a considérablement amélioré les taux de survie des souris infectées par T. gondii à une dose de 100 mg/kg.

Amélioration de la survie des souris

« Les souris infectées par T. gondii et traitées avec de l’huile de maïs ont atteint leurs critères d’euthanasie humanitaire dès le 7e jour après l’infection, et toutes les souris ont atteint ce critère en 10 jours. En revanche, les souris recevant 50 ou 100 mg/kg de glabridine ont commencé à atteindre leurs critères respectivement aux jours 9 et 10. Le traitement avec 50 ou 100 mg/kg de glabridine a prolongé significativement la durée de survie des souris infectées, et deux souris (20 %) traitées avec 100 mg/kg de glabridine ont survécu jusqu’au jour 25 après l’infection », précisent les auteurs.

Ils ajoutent : « Ce travail démontre, pour la première fois à notre connaissance, que la glabridine présente une faible cytotoxicité pour les cellules hôtes et inhibe efficacement l’invasion et la prolifération de T. gondii de manière dépendante du temps. » Les dommages structurels observés chez les tachyzoïtes traités suggèrent que la glabridine induit la mort du parasite par autophagie et déstabilisation de la membrane. La glabridine a également amélioré de manière significative les taux de survie des souris infectées par T. gondii, soulignant son potentiel thérapeutique.

Cependant, les chercheurs précisent qu’il est nécessaire de mener des études supplémentaires pour mieux comprendre la pharmacocinétique de la glabridine, la dose optimale et sa sécurité à long terme, en particulier dans le cadre d’infections chroniques et latentes.

En résumé

En conclusion, l'activité anti-T. gondii puissante de la glabridine, sa faible toxicité et son mécanisme d’action unique mettent en lumière son potentiel en tant que nouveau traitement contre la toxoplasmose, contribuant au développement croissant de médicaments issus de produits naturels.